texte libre

Publié le par tipeda.over-blog.com

 

 

Le jour se lève. Le soleil, rouge feu, pointe au zénith. Il incendie le ciel avant de  monter et de se poser sur sa trajectoire quotidienne. La chaleur  arrive avec lui et commence à effacer la fraicheur de la nuit. Je me lève. Il faut. Et comme tous les matins, je me demande pourquoi je  me réveille dans ce pays, si beau, si terriblement beau, si terriblement beau et convoité, si terriblement meurtri. Depuis toujours.  

 

Le café est doux et amer, comme moi.  Mon uniforme et mon arme sont là, à côté de mon lit. Je m’habille lentement, méticuleusement. Je mets mon costume pour le spectacle que je dois donner tous les jours. La tenue est assez seyante, très ajustée, presque sexy. Vert de gris sexy. Rien à voir avec moi. Voilà. Les chaussures montantes. Bien lacées. Bien serrées.

 

Je pars. Mon arme en bandoulière. Elle est lourde. Penché en avant, pour rééquilibrer mon centre de gravité, je traverse la ville encore endormie pour rejoindre mon affectation. Toute la journée je serai autre. L’éducation, le poids du passé, la peur. La peur toujours. N’oublie jamais. Toujours. Je ne regarderai pas les gens d’ici dans les yeux, quand je demanderai leur laissez-passer. 

 

Je n’irai plus prier au mur. Je ne peux plus.

 

Je fais partie du 36ème peuple conquérant  cette terre, dont les habitants n’ont jamais conquis rien ni personne.

 

Un jour je partirai ailleurs, avec en bandoulière, pour le reste de ma vie, cette douleur d'avoir été un maillon de la conquête.

Publié dans divers

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