nouvelles fraîches ...

Publié le par tipeda

5 mois que je suis arrivée, 5 mois. La moitié de ma période ici. Que ces 5 mois m’ont-ils apporté ? Ouh la ! plein de choses positives. Les voyages forment la jeunesse.

 

La vieillesse aussi, je dois dire. Ca n’a pas été facile tous les jours. La séparation familiale a été est le plus difficile. C’était peut être ça que j’étais venu chercher, l’essentiel, c’est pas son boulot, c’est son mari, sa famille. Faut être couillonne pour devoir partir si loin chercher ça hein ?

 

Mais au final, beaucoup de bien être. Le bien être ? Bien c’est le bien être quoi, le bien…. être. Le verbe et l’auxiliaire être n’existent pas en arabe. On dit juste « je ». Ca paraît restrictif et pourtant : être et je, c’est bien la même chose. Bon allez, j’arrête.

 

Olier est arrivé, on a déménagé de chez Mary. Il a fallu gérer toutes les merdouilles liées à un déménagement. Plus le fait que maintenant, je donne des cours de français à un jeune palestinien de 14 ans, Robert.

 

Eh oui, palestinien et Robert. C’est ça aussi quoi. La diversité des cultures. pourquoi on se sent plus palestinien qu’israélien, pourquoi on se sent plus breton que français ?  Le fait est que maintenant, j’aimerais vraiment rencontrer des Israéliens. Ca sera l’objectif de mes 5 prochains mois. Parce que la solution, elle n’existe pas sous un drapeau, fût-t-il de la couleur de l’arc en ciel (ouais, je revois mes conjugaisons avec Robert). Citoyen du monde, c’était le crédo de mon papa, ancien séminariste entre parenthèses. Je crois bien qu’il avait raison.

 

Le déménagement. Déjà, trouver un appart. Ah non, déjà, dire à Mary que je partais. Dur dur, mais j’ai géré au mieux. Sans trop de larmes, juste un peu, furtivement essuyées par un tablier usé. Depuis, on continue à aller manger chez elle. Olier se sent mieux dans l’appart. Moi aussi évidemment, mais je peux dire que la rencontre avec Mary et Anton à mon arrivée, m’a vraiment beaucoup aidé. Voilà, une page est tournée.

 

On est maintenant dans un grand appartement assez luxueux appartenant à un gars qui avait une voix gentille au téléphone et qui habite Washington. En tout cas, ses parents habitent juste à côté et ils sont très gentils. Mary a salement négocié le prix du loyer. Pour moi, 450 dollars, c’était pas cher. Mais je dois dire que payer 400 dollars ça m’arrange. Ici tout, tout se négocie. Et  j’ai encore beaucoup de mal avec ça. Pas Mary. L’argent, je vois bien que c’est un truc qui me gave tellement. Je n’aime pas l’argent et du coup, enfin je veux dire, je trouve ça bien d’aimer l’argent parce que ça fait tellement partie de ta vie quotidienne, les sous, qu’il vaut mieux les aimer un peu, comme ça ils restent dans ta poche et du coup t’es plus tranquille. Bon un autre truc à travailler dans mon développement personnel. Et pourtant, foncièrement, l’argent me gave grave.

 

Ici c’est bien plus simple de louer : les gens te font confiance. Incroyable. Donc, pas de papiers à remplir, pas de preuves de sa bonne foi à donner. Quel bonheur. Et pas 3 mois de préavis à donner. C’est tellement bien. Pas d’état des lieux. On se simplifie tellement la vie ici. Parce que la vie n’est pas simple ici en fait.

 

Mais l’eau chaude n’arrivait pas. "Fich mayyé suc’hné ! Mich mayyé suc’hné ?" Je craignais de ne plus pouvoir lancer mes petites phrases d’essai en arabe en quittant Mary. Ben, le papa du proprio ne parle pas anglais du coup, c’est arabe ou arabe. Pas évident. Il me parle, je comprends un mot sur 20, mais ça le fait quand même. Nuchkur Allah. Va falloir que j’arrive à écrire en vermicelle sur ce blog un jour quand même.

 

Ils sont venus à 6 réparer l’eau chaude. 6 arabes dans ma maison ! et moi de partir en courant acheter du café pour leur servir un café comme ils aiment. Ca a été laborieux mais bon, l’eau chaude marche maintenant. J’avoue qu’à ce moment là, je pestais pas mal quand même.

 

D’autant que le temps est très breton en ce moment. Le matin en partant au boulot, la voisine du dessous avec un grand sourire me lance « chita ! chita ! bardé ! »  « nuchkur allah ! » réponds-je en comprenant plutôt son sourire que ses parole. Bon bardé je comprends, c’est froid mais chita ? En arrivant à l’école je demande à mes élèves, "Chita c’est la pluie", "Mais je croyais que c’était matar ?" "C’est la même chose". Ah bon, du coup j’ai parlé de synonyme. J’adore me servir de ces moments d’imprévu. Mais en mon fort intérieur, je me faisais 2 réflexions :

 

D’abord : quoi !!! deux mots pour pluie en Palestine alors qu’il pleut 10 jours par an ? Et un seul mot en breton ? il doit y en avoir d’autres c’est pas possible, alors, les bretonnants qui lisez ce blog, donnez-moi s’il vous plaît toutes vos lumières sur ce concept : pluie en breton. Histoire qu’on se la pète un peu aussi. Et qu’Henriette Walter regarde un peu plus vers nos petites langues pour prendre ses exemples et non vers le sempiternel « il y a plein de mots différents pour dire neige ou blanc en inuit…. »

 

Et ensuite : chita ? C’est pas le prénom de la copine singe de Tarzan ça ?

 

Alors déjà tarazan ça veut dire fort en arabe d’ici. Maintenant chita…. Ce ne serait pas un réfugié palestinien qu’aurait écrit le scénario du Tarzan qu’on regardait en noir et blanc à la télé quand on était petit ?

 

Oui, il fait froid et il pleut, et ça rend les gens heureux ici. Faut dire qu’on manquait d’eau et ce n’est pas peu dire que l’eau est un gros gros problème ici. Et un problème politique aussi. Car qui a l’eau a le pouvoir comme partout dans le monde n’est ce pas ? Ici pour faire venir l’eau, on prie, on prie, on chante. Quand elle arrive on est heureux. Comme Bethléem est construit sur une colline, il y a plein d’escaliers qui donnent sur les rues. Quand il pleut, ces escaliers se transforment en cascades impraticables, mais très jolies.

 

Ben moi, j’aime pas la pluie, ni le froid. Et je me gèle ici. D’autant plus que,  va chercher le chauffage central … y en n’a pas. Il a fallu que j’appelle 5 fois le livreur de gaz avant qu’il débarque. Il n’y a qu’un chauffage à gaz et un petit poêle à kérosène qui pue tout ce qu’il sait dans l’appart. Ah ! on ne rigole pas ici !  Ca me rappelle quand on chauffait la cuisine pour prendre le bain hebdomadaire quand j’étais petite. Ou bien quand j’habitais à Carhaix et qu’il faisait tellement froid, que le pipi du matin faisait fondre la glace des waters. Arg.

 

Là par exemple, je suis au fond de mon lit à vous taper mes conneries en attendant que le poêle chauffe un peu l’atmosphère. Enfin, il paraît qu’il fera meilleur en mars. Le climat ici est un climat méditerranéen. Ce qui veut dire que les saisons sont bien plus tranchées que par chez nous.

 

Voilà les nouvelles. J’essaie de reprendre la cuisine, mais ma nourriture n’a pas la saveur de celle de Mary. Du coup, comme Olier aime, on mange des sandwiches d’avocats, de jambon avec du pain pita tellement bon qu’il va nous manquer quand on sera rentré. J’entends grand-mère penser « des sandwiches tous les jours ! » non mais t’inquiète pas Marie Thérèse, Mary s’est fait la même réflexion et du coup on mange tous les jours chez elle le midi. Une vraie assistée que je suis.

 

On attend Philippe, on meurt tout doucement en attendant Philippe, mais on sait qu’on va se retrouver. Et que la pluie va s’arrêter et le froid aussi...

 

Bon, je m’en vais dans ma juste lutte pour rencontrer des israéliens sympatoches et je vous raconte, après. Eh au fait,  rien à voir mais bisous Isabelle, bon anniversaire ma grande !

 

Et Olier ? Ben Olier parle de ses amis, parle de son collège, de sa voile, de sa maison de Plouguerneau, de sa langue le breton, de son papa. Voilà ce qu’il a à partager avec vous :

 

"Le nouvel appart est bien, le problème c’est qu’il y a école. Je ne suis pas à la maison. J’aime pas l’école, sauf quand S n’est pas là, (S est un de mes élèves tête à claque) là ça peut aller.

 

Jai fait une cabane dans ma chambre. Elle est trop cool, je viens de l’améliorer, là, je peux passer du haut en bas sans sortir. J’ai trois lits dans ma chambre, un superposé et un normal. La porte de mon armoire c’est de la camelote, va falloir que papa la répare.

 

Dans l’école ya l’air conditionné et j’aime pas. Les enfants qui se foutent de ma gueule et qui me donnent des fausses réponses dans mes devoirs d’arabe.

 

J’aime bien mes cours d’arabe parce que Marina est sympa. Elle me donne des bonbons et des gâteaux et du thé au citron. Et des chocolats. C’est le trajet pour y aller et les devoirs que j’aime pas. Mais autrement j’aime bien être avec Marina, sauf des fois quand je ne comprends pas.

 

J'ai un copain, Samuel, mais il n'est pas dans mon école. On se voit le week end seulement.

 

La morale de cette histoire c’est : eh ben tu te casses pas de ton pays !"

 

Dans ta face Mammig !

 

Quelques photos : parfois en sortant de l'école, on croise des moutons. Champion le berger !

 

Dans ma classe, Sandra, une Brésilienne très chouette qui habite ici depuis 4 ans, est venue faire une animation sur l'hygiène buccale et alimentaire.

 

Et Olier avec Philip, Slaiman et Daniel très fans de lui.

 

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Publié dans divers

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S
<br /> Quelle chouette aventure pour Olier ! Il s'en souviendra toute sa vie. Super la photo avec les copains palestiniens !<br /> Je viens de trouver un beau poème palestinien :<br /> <br /> <br /> Brûlent nos terres<br /> brûlent nos rêves<br /> versez de l’acide sur nos chants<br /> couvrez de sciure<br /> le sang du peuple massacré<br /> étouffez de technique<br /> les cris de tout ce qui est libre,<br /> sauvage ou indigne.<br /> Détruisez<br /> détruisez<br /> l’herbe et le sol,<br /> rasez jusqu’à la terre<br /> toute ferme, tout village<br /> qu’ont construit nos ancêtres<br /> tout arbre, toute maison<br /> tout livre, toute loi<br /> et toute justice, toute harmonie.<br /> Aplatissez de bombes<br /> toutes les vallées ; effacez de vos édits<br /> notre passé<br /> notre littérature, notre image.<br /> Dénudez les forêts<br /> et la terre<br /> qu’aucun insecte<br /> aucun oiseau<br /> aucune parole<br /> ne trouve à se cacher<br /> Allez-y et faites davantage.<br /> Je ne crains pas votre tyrannie.<br /> Je ne désespère jamais<br /> car je garde une graine<br /> une petite graine vivante<br /> que je conserverai<br /> et planterai à nouveau.<br /> <br /> Et le calvaire du peuple palestinien est comparable avec celui qu'ont subi les indiens d'Amériques. Je lis actuellement un ouvrage d'Howard Zinn : édifiant ! A bas l'impérialisme capitaliste !<br /> <br /> Soazig<br /> <br /> <br />
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E
<br /> Demat Elen , Olier,<br /> Oh là, cela faisait un petit moment que je ne t'avais pas rendu visite, eh bien, j'avais de quoi lire... et c'est toujours aussi passionnant. A chaque fois, je te rejoins, quel voyage et quelle<br /> expérience...quel courage aussi!<br /> PS : j'ai pas encore essayé les recettes...mais merci.<br /> Gros Gros bisous de nous trois à tous les deux.<br /> <br /> <br />
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A
<br /> trop mignon la dernière photo. Mais il est dur Olier. Moi j'attends que ça de me casser de mon pays. Par contre c'est vrai que t'es un peu assistée (mais c'est normal d'en profiter), par contre<br /> t'as vraiment intérêt à apprendre la recette du pain pita et du reste si tu veux pas que ça te manque. Y'a bien des trucs qu'on peut faire avec les ingrédients du coin.<br /> Pour la pluie (cf dico) : Glav, glavenn quand elle est grosse, ou glavig, glavadenn quand y'en a qu'une, arneñvenn, morc'hlav sur la mer, uz (crachin) uzenniñ. Après c'est pas vraiment utilisé...<br /> <br /> <br />
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